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Une Société de l'Information ouverte à tous : sagesse, vision et valeurs Genève, Suisse 10-12 décembre 2003 | ||
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e nos jours, la société se définit essentiellement par le prisme:
Ainsi elle donne plus l’image d’une sorte de soupe digitale de codes binaires que l'image d’une famille de personnes s’enrichissant humainement mutuellement. C'est une caractéristique fondamentale de notre époque. Une telle société est l’aboutissement d'un processus de développement qui a débuté sur de lourdes et massives fondations agricoles et industrielles pour arriver au stade actuel dans lequel le simple bout de nos doigts met en œuvre d'énormes compétences, des savoirs-faire complexes pouvant sauver la vie, des réponses aux nombreuses énigmes du monde qui nous entoure. En fait, principalement le bout des doigts du petit pourcentage de la population mondiale qui a aujourd'hui accès à l’Internet. La prospérité d'agricultures et d'industries de toutes sortes est elle-même basée sur l'accès à l'information. D'ailleurs il existe une énorme source cachée de connaissance du monde naturel chez les communautés autochtones. Jamais auparavant dans l'histoire humaine on a connu un tel déferlement et une telle omniprésence de l'information et des moyens pour la communiquer. La valeur économique est de moins en moins basée sur des caractéristiques physiques comme la taille et le poids et de plus en plus sur le savoir qui, lui, joue un rôle de plus en plus grand dans la vie individuelle et sociale. L'accès à l'information a depuis longtemps été une force puissante de progrès. Par conséquent on ne peut que se réjouir de la capacité accrue de l'humanité à créer, diffuser et utiliser l'information. Les domaines de la médecine, de l'éducation, du commerce et de l'environnement, pour n’en citer que quelques-uns, attestent des effets vertueux de ce phénomène. Pourtant, il existe bien de quoi s’inquiéter. Non seulement en constatant le fossé entre riches et pauvres, le gaspillage des ressources, les abus de l’information et l'application de la technologie à des fins non constructives mais aussi en discernant la cause profonde de tous ces maux : un monde dans lequel, en dépit de l'abondance de l'information, et beaucoup de rhétorique, prédominent le manque d'action concertée, de sagesse pratique, de valeurs humaines et parfois de simple bon sens. Que l’information soit disponible en quantité est certes important. Mais sa qualité, sa pertinence, son accessibilité et sa distribution, ainsi que la capacité de l’homme à l’utiliser, sont des facteurs tout aussi primordiaux. La connaissance est synonyme de pouvoir : le défi auquel nous faisons face est de savoir tirer le maximum des nouvelles potentialités dont l’humanité dispose afin de pouvoir apporter des améliorations et des bénéfices réels dans la vie de chacun.
La convergence des talents, de la compétence et de la capacité à générer et saisir de nouvelles informations, ainsi que les moyens pour y accéder, les absorber, les utiliser et les transmettre de façon large et peu onéreuse, nous offre, de fait, un potentiel énorme. Mais comme toutes les autres potentialités, il peut être utilisé de manières différentes. Un effort concerté, basé sur des valeurs claires, est donc requis pour s’assurer que cette richesse soit utilisée de façon appropriée. Avant toute chose, nous devrions probablement clarifier la vision que nous avons du futur. Quel genre de monde désirons-nous voir ? Quel avenir désirons-nous aider à construire pour l’humanité ? Et comment nous voyons-nous nous-mêmes ? De telles questions ne sont pas une invitation à nous complaire dans un monde imaginaire séparé de la réalité, mais bien un appel énergique à ce que la connaissance et la technologie soient exploitées de manière cohérente, synergique et efficace pour le développement humain et durable de chacun. Par chance, l’élaboration du parcours que nous voulons suivre est déjà très bien engagée. Des documents tels que la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Convention sur les droits de l’enfant et la Déclaration du millénaire des Nations Unies sont les signes évidents de l’émergence d’une éthique globale et de normes minimales communément admises pour que l’humanité continue sa route. Mais nous devons sans cesse nous rappeler les systèmes de valeurs à partir desquels ces objectifs sont forgés et les utiliser comme des points de repère servant à guider et à évaluer nos actions. Le développement de l’information, de son utilisation et de la technologie devraient impliquer
Une vision claire favoriserait également la tâche importante consistant à distinguer
Or, la technologie en elle-même ne change pas nos vies autant que la motivation, la passion et la résolution avec lesquelles nous l’utilisons. Nous avons besoin de continuer à développer une meilleure technologie et à l’utiliser, mais nous devons la considérer comme un bien d’utilité publique qui peut et doit être utilisée de façon responsable afin de respecter et d’apporter du bénéfice à toute l’humanité. De même, le défi lié aux ressources d’information et de connaissance est celui de l’utilisation qui en est faite ; en effet, pour beaucoup, l’accès au flot de l’information est devenu un fardeau alors qu’il était auparavant un privilège. En faisant appel aux notions déjà existantes de contrôle non-propriétaire, la technologie et l’information utilisée pour la développer et l’exploiter, pourraient être considérées comme faisant partie de l’héritage intellectuel mondial détenu en gérance. Il serait ainsi nécessaire de les partager pour le bénéfice des générations présentes et futures. Nous devons également nous rappeler que, si les toutes dernières technologies tels que les logiciels à code source ouvert et l'information de domaine public font partie de la solution, elles ne vont pas mettre un terme, du jour au lendemain, aux fléaux de la pauvreté, de la maladie et de l'exclusion. Bien plus, elles ne constitueront même pas un point de départ, puisqu'il existe souvent beaucoup d'autres besoins fondamentaux à aborder dans un premier temps. Un ordinateur n'est pas de grande utilité pour les milliers de villages sans électricité ou les millions d'individus illettrés dont le temps est absorbé par les tâches à accomplir pour leur subsistance quotidienne, comme chercher de l'eau ou du bois de chauffage. De la même façon, la technologie est utilisée dans un contexte social donné, par des individus aux préférences, aux systèmes et aux façons de vivre variables, y compris ceux qui préfèrent une vie simple, plus proche de la nature dont il faut tenir compte. Nous devons également garder à l’esprit que:
L'un des énormes bénéfices de la technologie, ou de l'application du savoir à des tâches concrètes, est son potentiel de rentabilité et la facilité qu’il y a de la reproduire à grande échelle. Si, par exemple, la technologie de l'information et de la communication était orientée vers le développement de façon appropriée, cela signifierait la capacité à:
Ce potentiel devrait être utilisé de telle sorte qu'il humanise la globalisation plutôt que d’imposer une perspective uniculturelle à taille unique, qui ne respecte pas la diversité culturelle et linguistique de l'histoire humaine. Ainsi, par exemple, la technologie pourrait être localisée et utilisée dans un monde en réseau tourné vers les communautés afin d'éduquer, d'enseigner des aptitudes pour la vie et des moyens d’existence, de renforcer l'identité individuelle et culturelle tout en préservant et en augmentant l'accès aux traditions culturelles et aux savoirs-faire autochtones ainsi qu'à leur mise en pratique. La standardisation ou la mise en commun que nous devrions rechercher est une culture de valeurs humaines, de responsabilités et de droits interdépendants, qui respecte et comprend les spécificités culturelles, linguistiques et sociales ; globalisons une civilisation de paix et de sagesse, une éthique ouverte à tous, de solidarité, de dignité et de compassion, fondée sur la compréhension qu'il n'existe qu'une seule race, la race humaine, s'exprimant à travers diverses traditions et cultures qui coexistent. Une société qui inclut tout le monde devra être pluraliste et, dans le même temps, s'il s’agit bien d’une société unique, elle devra réunir chacun autour de principes moraux communs. Or, pour que la diversité puisse coexister de manière pacifique et harmonieuse dans le village global que les technologies de l’information et de la communication peuvent réaliser concrètement, nous tous devrons impérativement attacher une plus grande attention qu'auparavant à vivre selon des qualités telles que la compréhension, le respect, la tolérance, l'humilité et la non-violence.
Où est la sagesse que nous avons perdue dans la connaissance? Où est la connaissance que nous avons perdue dans l’information? T. S. Eliot Si la technologie ne doit pas être notre centre unique d’attention ni le centre de notre monde, de la même façon nous devons prendre de la distance vis-à-vis de l’information. D'une manière ou d'une autre, face au flot très massif et accéléré d’informations se déversant dans les vies de nombreuses personnes, un espace devrait être délimité dans lequel nous pourrons appuyer sur le bouton ‘pause’ afin de nous interroger, de réfléchir et d’évaluer au lieu de tout simplement recevoir, accepter et absorber passivement. Interroger est la première étape de la pensée critique. En seconde étape, la réflexion sert à cimenter le processus d'apprentissage, à favoriser la création de sens ainsi que le déploiement de la compréhension qui donne de la valeur, de la pertinence aux faits ou à l’information et permet leur mise en pratique. Le sens, la compréhension, la sagesse, les notions éternelles de vérité et de valeurs intemporelles devraient nous guider bien plus que la superficialité, les intérêts à court terme et les impulsions égoïstes. Ainsi, alors que l'idée d'un monde constitué d'individus informés, ou d’une société basée sur la connaissance est puissante et séduisante, sa viabilité dépend énormément du genre d'information et de connaissance générée et de ce que nous en faisons. La fondation de notre connaissance collective et consciente doit s'étendre au-delà du monde purement fonctionnel et de la notion de marché de consommateurs orientés par la technologie pour embrasser les principes spirituels en relation avec le soi et l’unité de la famille humaine. La connaissance donne naissance au potentiel nécessaire pour le changement. C’est bien une nouvelle connaissance qui a annoncé les débuts de la révolution industrielle et l'aube de la société de l'information. Mais, si de notre monde d'extrêmes et d'exclusion doit émerger un foyer ouvert à tous et une culture de valeurs, c'est le potentiel de transformation de la connaissance spirituelle qui doit maintenant être exploité. Le fossé entre les riches et les pauvres, le chaînon manquant entre le principe et la pratique ou l’intention et l’action, ne sera pas comblé sans la prise de conscience de la dimension spirituelle de l'individu, de l’unité de la famille humaine qui en est la conséquence, et de l'esprit de fraternité qui en découle.
La communication, la liberté d'expression et la créativité sont la fondation de la société et de la culture. Notre monde même est façonné par les mots que nous exprimons et les images que nous créons, alors que nos attitudes et façons de penser sont colorées par ce que nous entendons et voyons. Par conséquent en tant qu'individus, il nous est nécessaire de réfléchir aux mondes que nos paroles reflètent et créent et être pleinement conscients de la capacité génératrice de nos propres pensées et de notre conscience intérieure. Fréquemment nous transmettons aux autres un message préétabli, et nous perdons la richesse qui émane de l'écoute, du cheminement vers autrui, de l'empathie et du dialogue avec ceux qui sont tout autour de nous. Pour faire exister notre vision d'une société de l’information centrée sur l’individu, nous avons besoin d'un langage spirituel ; nous devons mettre en exergue une perspective basée sur les valeurs, penser et parler avec le cœur et dans le langage de l'âme – un langage de confiance, foi et amour, d'appréciation, de plénitude et de responsabilité. Parfois les moyens que nous utilisons pour communiquer dissimulent la donné que, peu importe l'échelle utilisée, il y a toujours des personnes aux deux extrémités du processus. Le fait que nous ayons réussi à maîtriser comment transmettre de façon quantitative l'information ne peut que souligner:
Si la convergence de l'information et de la technologie doit induire les changements révolutionnaires qu’elle promet dans la vie des gens, une évolution quantique sera d'abord nécessaire dans la façon dont nous traitons les choses. Agir comme nous avons toujours agit ne nous fera pas tendre vers une société ouverte à tous et à l'intérieur de laquelle tous les membres bénéficient du développement et ont tous des opportunités égales pour participer à la construction de leur futur avec la capacité et le droit de marquer leur différence dans la société. Pour atteindre cet objectif, l'éducation doit être placée à la première ligne de nos efforts puisqu'il s'agit d'un instrument stratégique fondamental de changement, de développement personnel et social, de réalisation de paix, de liberté et de justice. Les capacités humaines doivent être développées afin que la société de l'information soit une société éduquée comprenant des individus qui possèdent les valeurs, les attitudes et les talents nécessaires pour relever ces défis, et tirer le meilleur des opportunités et des possibilités actuelles d'un monde en globalisation. Cela doit commencer par la réalisation de la remarquable promesse contenue dans le principe d’une éducation primaire universelle. Si ce but demeure difficile à atteindre, il n'en constitue pas moins une bonne fondation pour tous les autres types d'éducation, pour la réalisation des objectifs de développement du millénaire et aussi pour l’impact positif qu’il aurait dans la vie des opprimés, des marginaux, des démunis et des exclus. Une société éduquée intègre à son tour des individus éduqués. L'éducation doit avoir pour objet non pas simplement une plus grande productivité économique – bien qu'elle doive satisfaire les besoins d'éducation de base des individus et les armer des compétences professionnelles adéquates, suivant les vocations – mais bien le développement complet de la personnalité humaine, la formation du garant que représente la famille, ainsi que celle du citoyen de la communauté et du monde. La qualité de nos vies est directement liée à la qualité de notre éducation. Si nous voulons donner réalité à notre vision de la société de demain, nous devons construire une culture d'apprentissage qui dure tout au long de la vie et qui soit basée sur les pierres angulaires de la spiritualité et de la sagesse. Pour tirer le maximum de la société de l’information, ce qui est de la plus haute importance est bien d'apprendre à trouver du sens parmi tous ces flots de données. Il s’agit de savoir discerner la réalité des partis pris, distinguer l'illusion de la perception, voir la signification réelle, faire émerger la qualité, évaluer, estimer les conséquences et développer la capacité à décider et à répondre. Face au flot parfois monolithique de la communication des médias, nous devons avant tout nous souvenir que l'une de nos libertés les plus fondamentales est celle de la pensée et le pouvoir de faire des choix. La Brahma Kumaris Université spirituelle mondiale croit par conséquent que réaliser notre vision d'une société de l'information ouverte orientée vers le développement et centrée sur l’individu nécessite que nous donnions une haute priorité à l'apprentissage et à une éducation qui ne serait pas seulement fonctionnelle, pratique et pertinente dans son contenu mais qui présenterait également en son cœur des valeurs et des principes spirituels et moraux ayant pour objectif le développement complet de la personne et de la société. Les Brahma Kumaris ayant offert depuis 65 ans aux gens de tous horizons, dans le monde entier, une éducation très simple, très accessible et pourtant efficace, visant à connaître le soi ainsi que les valeurs et principes spirituels, seraient très heureux de continuer à travailler avec d'autres pour assurer la continuité de ces efforts cruciaux. L'information doit maintenant être diffusée à travers le prisme de la spiritualité afin de produire la lumière de la sagesse qui nous permettra de mener nos vies en tant que famille humaine. Car c'est seulement quand nous changerons notre monde intérieur que le monde extérieur changera. |
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